L’anesthésie locorégionale expliqué simplement

Le bloc
ça gère.

Pourquoi endormir tout le corps ? Parfois, il suffit de laisser les nerfs de la zone opérée se reposer un moment. Éteindre la douleur sans vous éteindre vous.

L'anesthésie locorégionale expliquée simplement par Rêvedoc, l'anesthésiste illustré

En bref : l’anesthésie locorégionale endort une partie du corps, pas toute la personne. La douleur reçoit une interdiction locale d’entrer. Le reste de vous peut souvent rester réveillé.

L’anesthésie locorégionale regroupe plusieurs techniques. On endort des nerfs précis : près de l’oeil, de l’épaule, du bras, de la main, de la jambe, du pied ou de la paroi du ventre. Parfois cela suffit pour l’opération. Parfois on l’associe à une sédation ou à une anesthésie générale pour avoir moins mal après.

Ce que veut dire anesthésie locorégionale

Avec une anesthésie locorégionale, une partie du corps est endormie temporairement. On injecte un anesthésique local près d’un nerf ou d’un groupe de nerfs. Pendant un temps, ces nerfs transmettent beaucoup moins les messages de douleur.

Le but est simple : la zone opérée ne doit pas faire mal. Le reste du corps n’a pas toujours besoin d’une anesthésie générale. Beaucoup de patients restent réveillés. Si besoin, on peut donner un médicament pour somnoler. Être réveillé ne veut pas dire devoir fixer le plafond en collectionnant les bruits bizarres du bloc.

L’anesthésie locorégionale peut être utilisée seule ou avec une anesthésie générale. Dans ce cas, elle sert souvent de très bonne protection contre la douleur après l’opération.

Important :
La rachianesthésie et la péridurale font aussi partie des anesthésies locorégionales, mais elles ont leurs propres pages. Ici, on parle surtout des blocs nerveux périphériques : oeil, bras, main, jambe, pied et paroi abdominale.

Quelles zones peuvent être endormies

On peut imaginer les nerfs comme des câbles de communication. Si on met le bon câble en mode silencieux pendant quelques heures, la bonne zone devient insensible. C’est plus élégant qu’un tableau électrique, mais l’idée aide.

Bloc de l’oeil
pour certaines opérations de l’oeil

L’oeil et la zone autour deviennent insensibles. La vision peut être floue ou différente pendant un moment.
Bloc du bras ou de la main
épaule, coude, avant-bras, main

Le bras devient chaud, lourd ou engourdi. Ensuite, pas de mission héroïque avec les sacs de courses.
Bloc de la jambe ou du pied
genou, cheville, pied

Le pied ou la jambe peut devenir lourd, chaud ou faible. On se lève seulement quand l’équipe l’autorise.
Bloc de la paroi abdominale
douleur après chirurgie du ventre

Les nerfs de la paroi du ventre sont endormis. Les organes ne dorment pas, mais la paroi abdominale râle moins fort.

Comment se passe un bloc nerveux

  • Planification. L’équipe vérifie l’opération, le côté, les médicaments, allergies, coagulation et le bloc utile.
  • Surveillance. Tension, pouls et oxygène sont surveillés. Une perfusion est souvent déjà posée.
  • Position. Selon le bloc, vous êtes allongé ou assis d’une certaine manière.
  • Désinfection. La peau est nettoyée de façon stérile. Froid, mais utile.
  • Échographie ou repérage. Beaucoup de blocs sont faits avec échographie. L’équipe voit mieux les nerfs, les vaisseaux et l’aiguille. GPS médical, sans « faites demi-tour ».
  • Injection. Le médicament est injecté près du nerf. Il faut quelques minutes pour agir.
  • Test. Avant de commencer, l’équipe vérifie si la zone est assez endormie.

Ce que vous pouvez ressentir

Pendant la pose, vous sentez le froid, le contact, une pression et parfois une petite piqûre. Si l’aiguille passe très près d’un nerf, vous pouvez sentir un petit courant ou un fourmillement. Dites-le tout de suite. Ce n’est pas se plaindre, c’est aider le guidage.

Quand le bloc agit, la zone devient chaude, lourde, engourdie ou fourmillante. Avec un bloc du bras, le bras peut ressembler à un colocataire qui refuse de participer. Avec un bloc du pied, le pied peut décider qu’il n’est pas de service aujourd’hui.

Pendant l’opération, vous ne devez pas sentir de douleur. Pression, traction, mouvement ou contact peuvent parfois être perçus. Si ça fait mal, dites-le. L’équipe peut compléter, donner une sédation ou changer de plan.

Dites-le immédiatement : douleur pendant l’injection, gros fourmillement, manque d’air, vertige, goût métallique, bourdonnement d’oreille, coeur qui s’emballe, trouble de la vue ou sensation que « ça ne va pas ».

Pourquoi le jeûne peut quand même être demandé

Même si ce n’est pas une anesthésie générale, on demande souvent d’être à jeun avant une opération programmée. Pourquoi ? Parce qu’il faut un plan B. Si le bloc ne suffit pas, si l’opération dure plus longtemps ou si une anesthésie générale devient nécessaire, l’estomac doit être aussi sûr que possible.

Règle fréquente chez l’adulte avant une opération programmée :
6 heures avant : pas d’aliments solides ni de produits laitiers
2 heures avant : plus de liquides clairs

Les liquides clairs sont l’eau, le thé ou le café sans lait. Smoothie, café au lait, chocolat chaud et boisson protéinée ne sont pas des liquides clairs. Un smoothie reste un repas dans un verre, même s’il a une énergie très sportive.

La consigne de votre établissement passe toujours en premier. Urgence, reflux, grossesse, diabète, certains médicaments ou problème d’estomac peuvent changer les règles.

Anticoagulants et médicaments

Les anticoagulants et antiagrégants sont importants avec l’anesthésie locorégionale. Les règles dépendent du type de bloc. Un bloc superficiel, facile à comprimer, n’a pas le même risque qu’un bloc profond près de gros vaisseaux.

Ne les arrêtez jamais seul. Aspirine, Kardegic, Préviscan, Coumadine, Eliquis, Xarelto, Pradaxa, Lixiana, Plavix, Lovenox ou héparine peuvent vous protéger d’un AVC, d’une embolie pulmonaire, d’un infarctus ou d’un caillot dans un stent. Apportez la liste avec doses et dernière prise.

Version patient :
Certains blocs sont possibles avec aspirine seule. D’autres médicaments demandent parfois un délai selon dose, fonction rénale et risque personnel. L’équipe choisit si le bloc est sûr ou si un autre plan est préférable.

Risques et effets secondaires

Les blocs nerveux sont des techniques connues et souvent très efficaces contre la douleur. Mais il peut y avoir des effets secondaires. La plupart sont temporaires. Les complications nerveuses durables sont rares, mais prises au sérieux.

  • Bloc incomplet. Une zone peut ne pas être assez endormie. On peut compléter ou changer de plan.
  • Engourdissement et faiblesse. Souvent attendus et temporaires. Ne faites pas comme si le membre était normal.
  • Bleu ou douleur au point de ponction. Souvent léger, à signaler si cela augmente.
  • Irritation d’un nerf. Fourmillements ou faiblesse peuvent durer un peu. Une atteinte durable est rare.
  • Infection. Rare. Rougeur, fièvre, pus ou douleur qui augmente doivent être signalés.
  • Réaction allergique. Très rare, mais les allergies connues comptent.
  • Toxicité de l’anesthésique local. Si le médicament passe trop dans le sang, il peut donner bourdonnement, goût métallique, fourmillement autour de la bouche, convulsions ou troubles du coeur. D’où la surveillance.
  • Risques selon le lieu. Certains blocs du cou ou de l’épaule peuvent donner une voix rauque, une paupière tombante ou une gêne respiratoire temporaire.

Après l’opération, signalez : douleur nouvelle forte, faiblesse qui augmente, engourdissement plus long que prévu, manque d’air, gros gonflement, fièvre, trouble visuel après bloc de l’oeil ou membre qui ne « revient » pas.

Après : engourdi, lourd, protégé

Après un bloc, la zone peut rester engourdie ou faible plusieurs heures. C’est souvent utile car la douleur postopératoire commence plus doucement. Mais un membre endormi prévient mal en cas de problème.

  • Un bras endormi ne doit pas pendre ni être coincé.
  • Une jambe ou un pied endormi ne doit pas porter le poids du corps seul.
  • Pas de bouillotte, bain chaud ou coussin chauffant sur la zone.
  • Prenez les antalgiques à temps, avant que le bloc disparaisse complètement.
  • En ambulatoire, suivez les consignes de sortie et d’accompagnant.
Règle maison :
Tant que c’est engourdi, on protège. Un pied anesthésié n’est pas un chef de projet fiable. Un bras non plus.

Questions fréquentes sur l’anesthésie locorégionale

Est-ce que je suis réveillé pendant l’opération ?

Souvent oui. Une sédation est souvent possible si vous voulez somnoler. Certains gestes associent bloc et anesthésie générale.

Est-ce qu’un bloc nerveux fait mal ?

On sent souvent une petite piqûre, une pression et parfois un fourmillement bref. La peau peut être anesthésiée avant.

Combien de temps dure un bloc ?

Cela dépend du médicament, de la dose et du lieu. Souvent plusieurs heures, parfois plus.

Que se passe-t-il si le bloc ne marche pas ?

On ne continue pas en mode héros. L’équipe peut compléter, donner une sédation ou passer à une anesthésie générale.

Puis-je marcher après un bloc du pied ?

Pas seul tant que le pied ou la jambe est faible ou engourdi. Le risque de chute est réel.

Quelle différence avec rachianesthésie et péridurale ?

Rachi et péridurale agissent près du canal rachidien. Les blocs périphériques agissent plus loin, sur des nerfs ou groupes de nerfs précis.

Pour aller plus loin

Ces informations s’appuient sur des sources françaises concernant l’anesthésie locorégionale, les blocs nerveux et les médicaments :

  • Larousse Médical – définition et déroulement de l’anesthésie locorégionale.
  • SFAR – recommandations sur les blocs périphériques des membres chez l’adulte.
  • Vidal – recommandations sur l’anesthésie, la consultation et les techniques locorégionales.
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Note médicale : Ces informations sont générales et ne remplacent pas un échange personnel avec votre équipe d’anesthésie. La bonne technique dépend de l’opération, de la zone, des médicaments, de la coagulation, de vos maladies et des règles de l’établissement. En cas d’urgence en France, appelez le 15 ou le 112. – Dernière mise à jour : juillet 2026.

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